Comme nous vous l’avions dit précédemment, l’idée de trouver le van spacieux et parfaitement aménagé a été abandonnée. Nous sommes donc parti à la recherche d’une base de campingcar pour que nous l’aménagions nous même, et pour ce, nous avions des critères de recherche bien spécifiques, à savoir, un grand espace habitable, avec une haute hauteur de plafond, un modèle récent, avec un moteur ayant peu de kilomètres, si possible un diesel (histoire de pouvoir le revendre facilement). Et voilà comment on a jeté notre dévolu sur le Ford Transit High-top. Un van dans lequel je tiens quasiment debout !

Ford Transit - 2.5 l Turbo D - 2000 - 160 000 km
Une petite information administrative australienne, qui aura son importance, avant de poursuivre le récit de cette trépidante histoire. Ici, pour pouvoir rouler avec un véhicule, il faut que ce dernier ait une « Registration ». Si on veut faire un parallèle français, ça serait une carte grise, aussi fréquemment renouvelée que feu la vignette. Pour pouvoir obtenir la registration d’un véhicule, il faut qu’il ait passé un contrôle technique et qu’il soit au moins assuré au tiers. Vous suivez ? Cette registration, quand elle concerne un véhicule neuf, ou si la précédente régistration a été annulée ou arrivée à terme, se fait pour une durée minimum d’un an. Ensuite, la registration doit être renouvelée, et le propriétaire choisi de le faire pour six mois ou un an. Ceci représente des frais non négligeables. Ce tarif varie bien évidemment d’un état à l’autre, et, bien évidemment, le New South Wales est l’état où la régistration est la plus onéreuse. Fin de l’intermède, merci de votre attention.

Ce Ford Transit est en fait un ancien véhicule de l’Australia Post, d’où sa couleur rouge caractéristique. Ils ont pour habitude de vendre aux enchères leurs flottes d’utilitaires quand ils les renouvellent. Ceux qui sont en état de marche sont vendus aux enchères standards ; ceux qui ont un problème sont vendus aux « damaged auction », et partent pour une poignée de dollars, vu que l’acheteur n’a aucune idée des travaux à faire dessus. Dans les deux cas, les registrations sont annulées : les nouveaux propriétaires doivent en payer une nouvelle s’ils veulent rouler avec.

C’est comme ça que Engin (oui oui, c’est un prénom) Celik a acheté ce gros fourgon pour à peine plus de 2000 dollars. Il faut s’avoir qu’ici, un Ford Transit diesel high-top, de 2000, avec 160 000 km, ça tourne autour des 15 0000 dollars sur le marché de l’occasion, il s’est donc dit que ça valait le coup de prendre le risque. Une fois acheté, il s’est rendu compte que c’était la pompe à gazole qui était foutue.

Pour une raison un peu obscure, il ne voulait faire aucun travaux dessus et a mis en vente le véhicule à 3800 $. Enfin, on savait tout ça par l’intermédiaire de Dona, sa femme, australienne, qui était notre interlocutrice puisque son mari ne parle pas anglais. Nous étions intéressés, mais un peu inquiets de réussir à trouver une pompe à gazole et à la faire poser… c’est de là qu’ont commencés des négociations et des rebondissements à n’en plus finir, des « oui d’accord » suivis de « ah non, hors de question », des moments de satisfactions puis de doutes, pendant plus d’une semaine.

Au final, ils ont fait changer la pompe à gazole ainsi que fait faire révision complète, pour nous vendre un véhicule en parfait état de marche, factures à l’appui, à un prix de 5 500 $. Nickel chrome. Le petit plus, c’est que ces réparations ont été faites dans un garage qui s’appelle Western Mufflers à Fairfield, un des partenaires de l’Australia Post pour l’entretien de ses véhicules, et qui avait pour habitude d’entretenir ce véhicule là, identifiable dans l’historique du garage grâce à son précédent numéro de registration. Le garagiste m’a donc gentiment imprimé toutes les factures précédentes, actant du réel kilométrage et de l’attention portée au véhicule. Un véhicule propre, qui correspond parfaitement à ce qu’on cherchait, pour le tiers du prix qu’il vaut sur le marché. Que demander de plus ?

Il ne restait plus qu’à faire cette fameuse registration. Le contrôle technique, appelé « Blue Slip », a été fait dans la foulée de l’achat, pour 50$, dans un garage agrée voisin : chez Team Karam Racing, le temple du tuning et de la préparation auto, au beau milieu de Fairfield, quartier de Sydney se résumant en une immense zone industrielle vieillissante, siège d’une ponction d’immigrés n’ayant pas tout à fait réalisé leur rêve australien. On n’y aurait pas pris racine. L’assurance au tiers pour un an, appelée « Green Slip », a été souscrite en quelques minutes par téléphone, pour un prix de 600 $. Il n’y avait plus qu’à se rendre au RTA, le « Road and Traffic Authority », équivalent de notre préfecture, pour les formalités administratives.
Eh là, ça a mis un peu plus de temps. Avant même d’acheter le véhicule, on était allé au RTA pour qu’ils nous expliquent clairement l’ensemble des documents à fournir, histoire de ne pas attendre notre tour inutilement le jour J. Pensant avoir tous les papiers nécessaires, on s’est présenté au guichet en toute confiance, et on s’est fait rebouté pour une raison double : mauvais guichet et absence de justificatif de domicile. Ok, un peu déçus pour l’heure d’attente inutile, mais compréhensifs. Un aller-retour en courant jusqu’au Park Lodge, et me revoilà dans l’attente au RTA. Quelques minutes plus tard, j’essuierais un nouveau refus puisque mes documents bancaires, actant de ma domiciliation, ne sont pas recevables : il leur faut un « Bank Statement » (un relevé de compte) et rien d’autre. Arrrrrghhhhhhhhhhhh. Ok, direction une agence de la banque ANZ pour obtenir le fameux document. A ma troisième visite, fièrement armé de mon bank statement, c’est cette fois l’acte de vente (feuille manuscrite) qui n’était pas recevable, puisque mon prénom n’y figurait pas. Là, mes nerfs ont lâché, et la dame du guichet a eu peur. Et comme par magie, en recoupant le reçu du dépôt que l’on avait fait pour arrêter la vente (où figurait mon prénom) et l’acte de vente, le document devenait parfaitement recevable. Et j’ai donc pu avoir ma registration, pour 500 $, avec mes nouvelles plaques d’immatriculation. Ouf ! Le Red Ford (Robert ?) était donc en règle pour un an. Alleluia.

Le véhicule nous a donc couté au final 6700 $, sachant que l’année de registration profitera au prochain propriétaire et sera un nouvel argument lors de la vente. Le programme de conversion en camping car peut commencer, et pour ce faire, on est fidèle au dicton national : en France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées !
A peine avons nous été propriétaires de ce véhicule, que nous avons pu dans la foulée confirmer une règle qui semble belle et bien internationale. C’est d’ailleurs un peu fou : on n’a beau être à l’autre bout du monde, fraîchement arrivés depuis quelques mois, avec peu de contacts sur place… eh bien, même dans ce contexte là, quand on achète un gros camion comme ça, quelqu’un vous appelle pour que vous lui donniez un coup de main pour son déménagement. Incroyable, hein ? Ben si. Une petite pensée émue et solidaire à mon Juju alias le Déménageur Valettois. C’est donc Jerry, le super-manager des deux restaurants, Cine et Abalze, qui s’est retrouvé coincé et qui m’a appelé à l’aide. Je n’ai donc pas manqué l’occasion de secourir mon supérieur hiérarchique, qui s’est trouvé fort content de ma nouvelle acquisition, de mes bras et de ma taille pour ranger ses cartons en hauteur dans son garde-meuble. Point d’ingratitude, il a tenu à payer les frais de carburant et à nous offrir une magnifique bouteille de champagne Moët et Chandon, accompagnée de la confidence qu’il allait nous donner beaucoup de travail, à Estelle et moi, lors des prochaines semaines aux restaurants… Le relationnel est donc bien un arbre qu’il faut entretenir soigneusement si l’on veut en voir germer les fruits.
Derniers commentaires