Je remonte la rue Philip Street jusqu’à l’immense tour ABN-Ambro qui trône au milieu du Central Business District de Syndey. J’entre dans le hall et me dirige vers les deux blocs des quatre ascenseurs. L’un d’entre eux m’emmène au 27ème étage, dans les bureaux de la société Gemtek Executive. La plantureuse réceptionniste me demande de patienter pendant qu’elle joint Michael par téléphone, qui vient m’accueillir. Il était comme je l’imaginais d’après les quelques mails que nous avons échangés. Je le suis et il me présente la pièce qui sera désormais mon bureau. Un large espace décoré à la manière high-tech, des meubles noirs sur un carrelage clair. Mais ça, je n’y porterai attention que plus tard. Ce qui me captive pendant de longues minutes, c’est cette baie vitrée qui fait office de quatrième cloison. Une plaque de verre immense qui donne une vue imprenable surplombant la baie de Sydney. On y voit l’Opéra, le Harbour Bridge, les Royal Botanic Gardens, les bateaux qui vont et viennent… c’est magnifique. Je m’installe sur ce fauteuil de ministre et manipule l’ordinateur, le sourire d’une oreille à l’autre, tellement ravi de ce qui m’arrive. Puis une sonnerie se met à retentir. Une alarme d’incendie, une alerte ? Je ne sais pas ce que c’est ni ce qu’il faut faire. Je sors du bureau. L’alarme se fait de plus en plus forte et pourtant personne ne bouge autour de moi. Tout le monde est placide, je suis le seul à paniquer. L’alarme ne cesse de sonner. Mais qu’est-ce qu’il se passe ?!?
…
C’était l’alarme de mon réveil. Il est 5h00 du matin. Mon joli rêve est fini, me voilà revenu à la dure réalité. Je dois me lever pour jouer les manœuvres et faire le carrelage d’une salle de bain. C’est Garry qui m’a eu ce boulot grâce à une de ses connaissances qui est artisan. A 6h15, Vince est venu me chercher dans son pick-up Toyota. Direction Wollongong, et plus précisément Oak Flats, à 1h30 au sud de Sydney, une ville qui borde le lac Illawarra. Vince a la cinquantaine, australien pure souche, il a toujours été sur les chantiers et travaille à son compte depuis une dizaine d’années. Il a un peu visité l’Europe dans sa jeunesse, mais dans son pays, il n’est jamais allé plus loin que le Queensland. Un vrai Sydneysider quoi. Pas très grand et mince, il n’est pas très loquace, plutôt discret et directif. Mais sa peau parle pour lui comme un livre ouvert. Sous sa casquette parme, à l’effigie de la marque Wild Turkey Bourbon, on y voit un visage tiraillé par les rides du labeur. De lourdes poches cernent ses yeux bleus. Sur ces bras comme sur ses jambes, côté pile comme côté face, se trouvent des tatouages colorés qui n’ont rien d’artistique ni de très fleur bleue. Le trait est grossier, on les dirait dessinés au cutter et à l’encre de chine. Sur le mollet droit, un diable arbore sa hache au sommet d’un crane. Une araignée recouvre son genou gauche… Sûrement les illustrations des étapes d’une vie mouvementée. La clope au bec et la fenêtre ouverte, il m’emmène sur la highway n°1 qui longe le bush de Cataract, de Cordeaux et le Morton National Park. Je suis fasciné par ces étendues de forêt vierge à perte de vue. Des arbres par millions, d’un vert foncé traduisant leur pleine santé suite aux récentes chutes d’eau. Parfois, les étendues arboricoles s’interrompent pour laisser place à de vastes prairies, aux milieu desquelles se trouvent des ilots de ces mêmes arbres, regroupés et serrés les uns aux autres, certainement solidaires dans leur recherche souterraine pour puiser l’eau.
Le « chantier » se trouve dans une villa pavillonnaire de Oak Flats qui donne directement sur le lac Illawarra. Le cadre pourrait être pire, surtout qu’ils ne doivent pas vouloir se baigner dans le lac, alors ils ont rajouté une piscine dans le jardin… Le propriétaire veut refaire sa salle de bain. Il a donc fallu aller acheter quelques plaques de contre-plaqué pour mettre tous les murs à niveau, les découper, faire de la colle (encore et encore) pour poser les carreaux, les découper eux aussi quand nécessaire. Les mesures, la pose de la colle, des carreaux bien espacés, toujours vérifier si la ligne est bien horizontale… Ce fut un travail très instructif et pas vraiment difficile.
Le plus complexe était de loin comprendre l’accent australien, surtout que je ne suis pas très familier avec le vocabulaire des outils de chantier. Je ne savais même pas qu’un carreau se disait « tile ». Et quand ce mot est prononcé « tailleul », vous imaginez le calvaire. Un exemple, « Passe moi le seau d’eau » se dit « Give me the bucket of water ». En australien, ça donne « Gimmi z’b’cket o’ wadeu ». Autant dire qu’il faut être attentif et faire marcher son imagination !
Le travail a commencé à 8h et s’est terminé à 17h… sans pause. Oui, Vince n’est pas très familier avec le repas du midi, ni avec toute espèce de pause de manière générale. Au fil du temps, Vince s’est décontracté et on a finalement pas mal discuté. C’est le premier véritable australien que je rencontre depuis notre arrivée. Un peu froid de prime abord, mais quelqu’un de foncièrement gentil et réglo. 9h de travail d’affilées, j’étais quand même bien claqué. Je me suis endormi dans le pick-up sur le voyage retour. La journée s’est soldée par une paye de 140 $, en cash et de la main à la main. Nickel. Il devrait avoir besoin de moi mercredi prochain aussi, donc il m’appellera pour me tenir au courant. Voilà un bon petit plan pour des boulots ponctuels et permettre de faire rentrer un peu d’argent.
Allez, maintenant, un petit quizz. Le (la) premier(e) qui trouve les deux bonnes réponses aura droit à un joli cadeau en provenance direct du pays des kangourous ! Prêts ? C’est parti !
1) Comment dit-on, en anglais, un mètre enrouleur (l’outil permettant de mesurer) ?
2) Quelle est la marque australienne d’outils qui m’est le plus familière ?
A vous !
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