05
oct
09

The van is for sale

Maintenant qu’il est réparé, on va enfin pouvoir le mettre en vente. Oui, on s’est résigné à ne pas vouloir voyager avec Robert le Red Ford Transit tout autour du pays. On a décidé de se fier aux signes et celui là en trimballait de trop négatifs. Et puis notre voyage ne se fera pas avant août prochain, qu’est ce qu’on ferait d’un si gros véhicule jusque là ? Si gros et si rouge, qu’il attire les regards sur mes trajets jusqu’au travail. Nombreux sont ceux qui levaient la tête quand il se retrouvaient près du van. Il y avait donc matière à communiquer sur la mise en vente de ce véhicule par le véhicule lui même. Mais c’est bien sur !

Can't catch flies with vinegar

Can't catch flies with vinegar

Van for sale

L’idée est donc venue d’afficher des annonces aux fenêtres du van, et comme le veut l’adage, « on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre », le van étant destiné à une chalandise masculine, de ceux qui travaillent dans le bâtiment ou du moins qui doivent déplacer beaucoup de matériels, je me suis dis que quelques courbes avantageuses flatteraient certainement leur rétine et pousseraient leur curiosité jusqu’à lire le texte qui est autour. J’ai fait le test avec les deux filles de la maison, ça n’a pas loupé : entre une annonce classique et une annonce avec une pépé, leurs yeux étaient comme rivés sur la seconde. Si ça marche même avec des filles…

Van for sale

Van for sale

Alors non, je ne suis pas très fier de ça. Enfin, je dois assumer un peu quand même puisque je suis en train d’en parler sur le blog. Un autre adage dit que « la fin justifie les moyens » et il se trouve qu’on veut vraiment, vraiment se débarrasser au plus vite de ce van. Si tous ces proverbes me confortent, c’est que quelque part, je ne dois pas être totalement dans le faux, n’est-ce pas ?

28
sept
09

Fortunately no plaster

Un bon présage tout d’abord durant ce week-end puisque le samedi avait vu, enfin, la réparation complète du van. Ca y est, après un démarreur et une pompe à gasoil de changée, et par la même, les deux batteries, le van tournait enfin comme une horloge. Il était temps ! D’autant plus qu’avec ce plâtre, un véhicule à quatre roues et une boîte automatique était exactement ce dont j’avais besoin. C’est donc avec le van que je me suis rendu au centre orthopédique de l’hôpital pour rencontrer ce fameux spécialiste qui, tel un diseur de bonne aventure, allait me dévoiler mon avenir.

Encore un nouveau mode de fonctionnement ici, puisque tous les rendez-vous avec les médecins sont pris pour 8h30, et les patients sont examinés dans l’ordre où ils sont arrivés. On se doute donc que si l’on ne veut pas passer à midi, autant arriver tôt. Ce sera une heure d’avance pour ma part, armé de mon bouquin cette fois, « Les fleurs du mal ». Comme si je comptais inconsciemment sur Baudelaire pour m’aider à trouver quelque chose de beau dans cette succession de galères. Un livre que je n’aurais pas l’occasion de prendre puisque mon voisin semblait d’humeur loquasse. Peut être qu’il avait oublié le sien. Il m’a alors raconté ses malheurs. Le pauvre arrivait à peine à s’asseoir. Il s’était fait percuté par une voiture qui lui avait refusé une priorité alors qu’il descendait une rue à vélo. Agé de cinquante ans, un âge un peu avancé pour les cascades, il s’était envolé sur plusieurs mètres avant de percuter violemment le sol. Les deux genoux et les deux coudes avaient salement soufferts. Mais il avait le moral, et se languissait de pouvoir refaire du vélo. Une bonne leçon d’humilité avant d’être examiné. Ah ça y est, c’est mon tour.

On the cruches

On the cruches

Ce n’est pas le docteur Boyle qui me verra mais un remplaçant. Il écoute mon histoire, regarde la radio et m’informe que non, ce n’est pas une fracture. Enfin, pas ce qu’on peut médicalement appeler « une fracture ». Les médecins des urgences se sont trompés, il s’agit d’un tout petit fragment d’os arraché par le ligament lors de la torsion de la cheville, et qui ne justifie en rien un plâtre. Un coup de ciseau sur les bandages, la gouttière que je portais vole à la poubelle. Je dois garder les béquilles pendant une semaine, et que je m’appuis progressivement sur mon pied gauche. Quand je la sentirais suffisamment stable, je n’aurais plus besoin des béquilles et pourrait reprendre une activité normale.

Il n’est fallait pas plus pour me donner le sourire d’une oreille à l’autre. Je me doutais bien que ce n’était pas si méchant. Bon j’ai encore la cheville bien enflée, c’est sur, et des douleurs dès qu’on la touche, mais je peux m’appuyer sur mon pied gauche sans problème. Je vais quand même être sage, et marcher avec des béquilles pendant quelques jours, histoire de ne pas jouer avec le feu.

Je suis remonté dans le van, et mis le cap vers Baulkham Hills pour reprendre le travail sans perdre de temps. Un illustre compositeur disait que le travail, c’est la santé. J’ai toujours émis un doute la dessus mais j’ai touché du doigt que l’idée de ne pas pouvoir exercer une activité professionnelle nuisait considérablement à mon équilibre mental. Si j’avais du passer six semaines enfermés dans mon appartement, je crois bien que je serais devenu fou, tout simplement.

Enfin toute cette histoire aura eu le mérite d’être intéressante sur de nombreux points. Notamment un, la solidarité des praticiens médicaux et l’homogénéité de leurs diagnostics. Non, parce que sérieusement, c’est d’une entorse qu’il s’agit. Je suis peut être un peu naïf mais il ne me semble pas qu’il y ait de grands mystères scientifiques autour d’une entorse de la cheville. Les hommes s’en font depuis l’âge de pierre et doivent savoir les soigner depuis à peu près la même époque, non ? Nous sommes en 2009, dans un pays développé, bénéficiant d’une pléthore d’avancées technologiques et dispensant un niveau certainement très élevé d’éducation médicale. Comment est-il possible que sur trois médecins, regardant les mêmes radios, le premier dise « pas de fracture, pas de béquilles », le second « fracture, béquilles », et enfin le troisième « pas de fracture, mais béquilles » ? Et devant une telle différence d’appréciation, comment peuvent-ils être si condescendants envers leurs confrères, n’hésitant pas une seconde à les blâmer et à employer les termes de « fautes de jugement », d’ « erreur de diagnostic », de prendre ce ton suffisant en disant « non mais vous savez, ce sont les médecins des urgences… », l’air de dire en gros, « ils ne comprennent rien à rien » ? On n’est vraiment pas loin du discours du maçon qui vient vous expliquer que le précédent que vous avez payé pour construire votre maison s’est vraiment bien foutu de votre gueule. Sauf que là, c’est de santé qu’il s’agit. Quelque part, heureusement que ce n’était qu’une entorse….

23
sept
09

Dust storm in Sydney

La veille, Estelle parlait au téléphone avec Andréa et Pierre, qui redescendaient dans leur van depuis Alice Springs vers le Victoria, mais qui étaient bloqués à l’intérieur puisqu’au dehors soufflait un énorme tempête de sable. Ils prenaient donc leur mal en patience avant de pouvoir reprendre la route. Pas une seconde nous nous sommes doutés de ce que cet événement atmosphérique allait déclenchait. Et d’autant plus grande était notre surprise quand on a découvert ceci à notre fenêtre le lendemain matin.

View from the balcony

View from the balcony

Un épais brouillard exagérément sec et jaunâtre qui recouvrait absolument tout. Le vent emportait avec lui des milliards de particules de poussière et obstruait complètement le champ de vision. On se croyait en voyage expéditif sur Mars. Sans voix, interdits en observant au travers de la fenêtre, on sentait bien que l’on vivait quelque chose d’exceptionnel. Et pour cause, l’Australie n’a pas connu telle catastrophe depuis 1942 !

Sydney dust storm

Et moi qui était là, avec mon plâtre et mes béquilles. Je me voyais déjà, un foulard autour de la tête, partir en reportage-photo dans la ville, immortaliser cet événement extraordinaire comme j’avais tant pris plaisir à le faire lors des grosses chutes de neiges à Aix avant de partir. Eh bien non, j’étais cloué à l’intérieur, admirant passivement le spectacle qui dura une bonne partie de la journée. Pauvre de moi. Tout sera recouvert d’orange. Les maisons, les voitures, les arbres et les routes. Aéroport fermé, les transports seront bloqués, l’activité de la ville de même. Le montant des pertes de production a été estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars. Un événement historique. Et nous, on y était !

Sydney dust storm

22
sept
09

Well, actually, it’s a broken ankle

Tout content de savoir que ce n’était qu’une entorse, je me suis préparé le lendemain, comme à l’habituée, j’ai enfourché la moto et je suis parti travailler en essayant de ne pas trop bouger le pied. Ce dernier ne me faisait pas plus mal que ça tant que je ne le remuais pas trop. Je passais les vitesses en remontant toute la jambe ou en appuyant du talon. Tout allait bien. A peine installé devant mon poste, le téléphone sonne. Une voix féminine me dit : « Hi Mister Zito, I’m calling from the Prince Alfred Hospital. This morning we had a look again at your X-Ray from yesterday and the doctor you’ve seen may have made a mistake. He missed a little fracture on your lateral malleolus. You have to come back as soon as possible to the hospital. You need a plaster. ». Outch. C’est drôle mais je m’étais très vite fait à l’idée que ce n’était qu’une entorse, que j’allais pouvoir rapidement marcher, et très vite aussi reprendre des activités normales. L’idée d’un plâtre a soudainement assombri tout cet enthousiasme…

Le soir venu, nous voilà repartis vers l’hôpital en taxi. Même destination, même processus. La dame de l’accueil nous épargne le formulaire, puisque je suis désormais connu des services, comme je connais le chemin jusqu’aux fauteuils rouges. Un quart d’heure plus tard, une infirmière m’invite à la suivre. Je lui raconte que j’ai été appelé ce matin parce qu’il y a eu une erreur de diagnostic. Elle n’est pas étonnée, ça arrive, comme elle dit. Les jeunes médecins passent apparemment souvent à côté de petites fractures en regardant les radios, c’est pourquoi toutes les radios sont systématiquement revues par d’autres médecins le matin même. Je lui demande s’il est possible qu’une petite attèle suffise, parce que je conduis une moto pour aller au travail et… Elle a rit. Oh non monsieur, finie la moto, vous allez être plâtré pour les six prochaines semaines. Du repos, voilà ce qui vous attend. J’ai essayé de faire un peu d’humour, disant qu’ils n’auraient pas assez de plâtre pour faire le tour de ma jambe, et que de toute façon, ils n’avaient pas de béquilles à ma taille. Ca les a fait rire, mais moi j’avais la boule au ventre. Six semaines. Du repos ? Mais je ne suis pas venu en Australie pour du repos. Qu’est-ce que je vais faire pendant tout ce temps ?!?

Je vais avoir le temps d’y réfléchir, puisque je dois aller patienter sur les fauteuils bleus maintenant, comme l’exige la procédure. Une heure et demie plus tard, un médecin est venu me chercher, sans fauteuil roulant cette fois. Ce qui est dans la logique des choses : en fauteuil pour une entorse mais je marche pour une fracture. Sur le chemin, claudiquant, je renouvelle ma question au docteur à propos de l’attèle, et il me dit qu’il ne va pas me mettre un plâtre complet, juste une gouttière le long de la jambe et sous le pied, afin d’immobiliser la cheville, le temps que je consulte un spécialiste qui statuera si oui ou non, il faut effectivement un plâtre complet. Bon, eh bien on dirait qu’il y a encore un espoir.

Plaster and cruches

Plaster and cruches

Ils avaient effectivement suffisamment de plâtre pour cette gouttière, et même des béquilles presque à ma taille. Des béquilles à l’anglaise, « cruches » comme on dit ici (tiens, encore du vocabulaire), ressemblant à celles d’après guerre. Enfin, en aluminium, quand même, pas les vieux morceaux de bois. Après s’être une fois de plus acquitté des 105 $ d’honoraires, c’est sur ces trois pieds que j’ai regagné le taxi, accompagné par mon adorable compagne, qui n’était pas la patiente d’un médecin, certes, mais plutôt la patience incarnée.

Dans l’étude de pays qui est l’Australie, et de son système de santé, nous abordons un nouveau chapitre, la convalescence. Oui parce qu’avec mon plâtre, et ce fichu van qui ne veut pas démarrer, je ne vais pas pouvoir me rendre au travail. Alors combien de jours de carence avant d’être indemnisé ? De quel montant sera l’indemnité ? Que de questions auxquelles un touriste lambda ne saurait répondre. C’est pourtant très simple : zéro. Rien, nib, que dalle. Je suis un contractant, j’ai signé un contrat de six mois avec Greythorn, et à ce titre, je ne suis pas tout à fait un employé. Plutôt comme si j’étais à mon compte. Une sorte de CDD qui n’aurait pour droits que ceux d’une profession libérale. En gros, chaque journée non travaillée, peu importe le motif, n’est pas rémunérée. Point. Et avec ça vient la flexibilité. C’est-à-dire que mon incapacité à me rendre sur mon lieu de travail peut tout à fait, si elle s’avère pénalisante pour la société dans laquelle je travaille, justifier une rupture du contrat. Oui, ça fait tout de suite mesurer la chance que l’on a de travailler en France, hein ?

Il se trouve justement que l’on est en période de livraison d’une partie du projet et que mon absence est très pénalisante pour sa finalisation. Le pire était à craindre. Mais ce n’était sans compter la gentillesse de mon patron Diego, qui a tout de suite informé Greythorn qu’il était hors de question de me substituer, et que l’on trouverait bien une solution à tout ça. Ouf. La solution a tout d’abord été le travail à distance. Pendant deux jours, j’ai travaillé depuis la maison, sur mon ordinateur, en envoyant par Internet ce que j’avais fait à mon chef de projet pour approbation. Vu que je travaillais sur une partie tout à fait détachée du reste, ça marchait très bien. Mais au troisième jour, il fallait intégrer de nombreuses fonctionnalités de l’application, et le faire à distance était tout simplement impossible. Diego a alors proposé de financer mon transport en taxi du domicile jusqu’au travail. 70 $ la course, deux fois par jour, deux jours de suite, on peut saluer le geste, s’il vous plait.

Je suis ainsi devenu l’ami des chauffeurs de taxi, voyant en mon plâtre une poule aux œufs d’or. Ils me donnaient leur carte, en y ajoutant leur numéro de téléphone personnel, et que je n’hésite surtout pas à les appeler si besoin. Un dévouement presque touchant. La fin de semaine s’est très bien passée, la finalisation aussi et la livraison du vendredi soir dans les temps. Impeccable.

Plus qu’un week-end à patienter et lundi à 8h30, j’ai rendez vous à l’ « Orthopaedic Fracture Clinic » du Royal Prince Alfred Hospital, avec le Dr Richard Boyle, pour le dénouement final.

20
sept
09

A sprained ankle playing basketball

Après de longs mois sans avoir touché le moindre ballon orange, j’ai recommencé à prendre du service le week-end avec les gars du restaurant. Du basket distractif et bon enfant, parfait pour se remettre en route. Eh puis, j’ai été recruté à l’intersaison, en aout dernier, lors des étapes de sélection des rookies, par la prestigieuse équipe des Dynamite de Sydney. Oui bon ok, j’en rajoute un poil… En fait, la sœur de Eugène – le barman de Cine – joue dans une petite équipe mixte, dans un petit championnat de basket mixte, et ils venaient de perdre leur pivot – quand on voit la taille des joueurs, on mesure vite la dimension de cette perte – et ils m’ont donc demandé d’enfilé leur maillot noir et or pour jouer avec eux. Ce que j’ai bien évidemment accepté. Ils sont tous – petits – adorables, très motivés, avec de bons éléments techniques. Eh puis, jouer avec des filles, c’est toujours agréable. Mais non mon amour, sportivement parlant, bien entendu.

Ce qui m’a plu aussi, c’est le concept du championnat. Un match par semaine, tous les mardi soirs, au King George V Center, situé au pied de l’Harbour Bridge, dans un quartier que j’aime tout particulièrement : The Rocks. La classe quoi. A côté de ça, on s’entraîne quand les emplois du temps le permettent, en extérieur, sur les playgrounds qui font face aux Fox Studios (là où travaille Estelle, pour ceux du fond qui ne suivent pas).

C’était donc là que ça s’est passé, au cours d’un dimanche particulièrement doux et ensoleillé, on jouait entre nous, des petits matchs récréatifs pour apprendre à mieux se connaître, à bien se placer sur le terrain, construire des automatismes. L’après-midi touchait à sa fin, on jouait depuis quatre bonnes heures déjà, quand on a lancé l’idée d’un dernier petit match. L’un d’entre nous, vaincu par la fatigue, se déclara forfait. Un grand bonhomme était là, assis sur le bord du terrain, s’amusant avec son ballon… on l’a invité à se joindre à nous. L’avenir nous apprendra que ce n’était pas une bonne idée. Un grand chinois débarque donc sur le terrain, proclamé recta dans l’équipe adverse, et d’office aussi comme mon opposant direct, cela va de soit. Dès les premières attaques, il se montre mou, lent, pas vif pour un sous. Il en rigole et me gratifie de plusieurs « wow man, you’re too fast ». Je ne partageais pas vraiment son enthousiasme, parce qu’être lent ne l’empêchait pas de mettre le peu d’énergie qu’il avait à vouloir me contrer. Et comme il se mouvait sans dextérité, il faisait systématiquement une faute. Jusqu’au point où, alors que je venais de sauter, il s’est littéralement vautré sur mon dos, à la manière d’une otarie saoulée par des vagues d’alcool, et lorsque mon pied gauche a cherché un peu de stabilité au sol, l’inertie de Moby Dick à envoyer mon corps dans le sens opposé… et ma cheville a fait un crack sourd et glacial, comme le ferait un bruit de tôle froissé.

Ce qui me connaissent le savent, je manque rarement une occasion de faire mon petit cinéma sur un terrain de basket (je m’attends d’ailleurs d’ores et déjà aux commentaires de Messieurs Geo et Djé, c’est de bonne guerre). Sûrement le sang italien qui coule dans mes veines et qui m’inspire à en faire des caisses. Eh bien là, je criais allongé sur le sol, sans que ce soit un rôle de composition. Quelques minutes après, quand la douleur est passée, j’ai lacé fermement ma chaussure, et je suis allé reprendre la moto, me frayant un chemin autour de la troupe de joueurs un peu affolés qui m’entourait, histoire de rentrer à la maison rapidement avant que ça n’enfle. Une fois arrivé, ça n’a pas loupé, ma cheville avait triplé de volume.

Perfectly swollen

Perfectly swollen

Le but du voyage était une immersion complète dans le pays, ceci ne l’aurait point été sans avoir éprouvé le système de santé australien. Et anglais, quelque part, puisque j’avais une infirmière du royaume à la maison, pour s’occuper de cette vilaine cheville. D’ailleurs, on a même appris un peu de vocabulaire. « Sprained ankle », ça veut dire entorse de la cheville, vous le saviez vous ? Après une nuit passée la jambe surélevée et le pied entouré de glace, la douleur s’était atténuée, mais pas la taille de la gibe. Sous les conseils de Sue, on a donc appelé un taxi dans la soirée, direction les urgences du Royal Prince Alfred Hospital, à Camperdown.

Quand on arrive aux urgences en Australie, on se présente à la réception et la première chose qu’on vous demande, grosso modo, c’est comment vous allez payer. Alors on nous donne un formulaire à remplir, puis on va attendre sur les fauteuils rouges. La salle d’attente est grande et peu remplie en ce lundi. Des gens calmes, plutôt mal en point mais personne à l’article de la mort non plus. A regarder leur visage, on distingue quelques dépressifs, des lendemains de mauvaise cuite, un gars se tient la main recouverte d’un bandage, un autre porte encore sa tenue de rugby boueuse et son bras en écharpe. Tout le monde patiente. Trente minutes plus tard, une infirmière me demande de la suivre dans la pièce d’à côté. Je m’assois et raconte ce qu’il s’est passé. Elle note tout ça sur son ordinateur et me dit que l’on va me faire une radio pour vérifier que rien n’est cassé. Et on me demande d’aller attendre sur les fauteuils bleus. Je m’exécute.

Note pour plus tard, ce qu’il ne faut pas oublier d’emporter quand on va aux urgences, c’est un bouquin. Sinon, vous allez être obligés de tuer le temps à regarder celles et ceux qui vous entoure, et tenter de comprendre ce qui motive leur présence ici. Il y a cette dame blonde, devant moi, la cinquantaine, vêtue d’un pyjama, et son mari l’accompagne, propre sur lui, peigné et bien habillé, l’air blasé de passer une fois encore une soirée aux urgences. Une infirmière est venue s’adresser à la dame pour quelques renseignements, cette dernière s’est mise à rire à gorge d’éployée quand on lui a demandé si elle savait quel jour on était, puis s’est réfugiée au creux de l’épaule de son homme qui l’enlaçait pour la rassurer. Sur les fauteuils rouges d’en face, il y a cette jeune femme, très apprêtée, peut être un peu trop même, recroquevillée sur elle-même, qui serre contre elle son sac à main Vuiton et qui remue frénétiquement sa jambe gauche, en attendant de pouvoir se confier à une infirmière. Pas loin, son homme, un grand mastard certainement libanais, bas de survêtement et débardeur, lunettes noires posées sur les arcades et joaillerie en or de mauvais goût, avec cette coupe de cheveux très tendance auprès des libanais débordants de testostérone : très courts partout mais très longs et gominés sur la partie arrière du crâne. Oui, la coupe mulet, c’est bien ça. Il fait les cent pas, entrant et sortant de la pièce, son téléphone collé à l’oreille, soupirant d’exaspération. On le sentait près, d’un moment à l’autre, à attraper sa petite amie par les cheveux pour la trainer jusqu’à la maison. J’étais le seul à observer son manège, les autres patients résignés à leur sort gardaient la tête baissée et regardaient le sol. Tout les autres patientaient, calmement.

C’est deux heures plus tard qu’un jeune médecin est entré dans la salle avec un fauteuil roulant, en appelant mon nom. Il m’a emmené sur ce fauteuil au travers des différents services puis m’a fait faire une radio. Une fois terminée, il m’a gentiment ramené vers la salle d’attente, histoire de patienter.

Trois quarts d’heure plus tard, ce même médecin est réapparu. Il avait de bonnes nouvelles pour moi. Aucune fracture n’apparait sur la radio, il me préconise de garder la jambe surélevé avec de la glace pour les prochaines quarante huit heures, avec prise d’antidouleurs si besoin, et c’est tout. Rassurés, nous nous acquittons à l’accueil de 105 $ d’honoraires puis nous prenons un taxi pour rentrer à la maison. Il est minuit et demi, tout est bien qui finit bien !

10
sept
09

First flatmate – Sue

Leur road-trip avec Laura s’était achevé vers Darwin en juillet dernier. Faute de finances, Laura était redescendue sur Sydney et en avait profité pour passer quelques jours avec nous avant de s’envoler vers l’Angleterre. Mais de son côté, Sue avait continué l’aventure par la côte Ouest de l’Australie, histoire de boucler la boucle, en se greffant à différents groupes de backpackers jusqu’à regagner le sud. Une petite semaine en Tazmanie et là voilà de retour, après trois mois et demi de voyage. Lui restant un peu plus d’un mois à passer dans le coin, c’était l’occasion rêvée de mettre à profit cette chambre supplémentaire qu’on a voulu justement pour ça.

Circular Quay

Circular Quay

Sue a déjà la douce qualité d’être ultra-facile à vivre. Toujours souriante, toujours là pour donner un coup de main, un séjour ici tout dans la légèreté. Le deuxième élément, c’est qu’elle est infirmière, et qu’elle travaille de nuit. Donc pour résumer, on se croise quand on part le matin alors qu’elle revient de l’hopital, et on la recroise quand on rentre le soir et qu’elle s’apprête à aller travailler. Tiens… c’est peut être pour ça que c’est si facile alors ?

Circular Quay

Eh bien non, même pas ! On sait que toute cohabitation peu être parfois pesante, eh bien là, jamais. Un rayon de soleil. C’est même excellent pour notre pratique de l’anglais, puisque ça nous force à parler la langue de Shakespeare même à la maison, et avec un professeur improvisé, natif du pays, à portée. De l’échange de bons procédés, tout simplement.

Kings Cross party time

Kings Cross party time

De notre côté, on essaye bien d’être pédagogues mais c’est assez complexe de lui apprendre le français… étant donné que son moyen mnémotechnique, c’est de construire les mots français avec des mots anglais. Par exemple, elle se rappelle de « S’il te plait » avec « Sit an’ play ». C’est pratique mais ça limite un peu les configurations de vocabulaire. Ah si, y a bien un mot qu’elle maîtrise : « éclair », vu qu’un soir, elle s’évertuait à me les montrer dans le ciel. Mais bon, ce n’est pas évident à placer dans une conversation… surtout qu’elle ne sait pas le prononcer autrement qu’avec un ton théâtral dramatique. Ca fait presque peur.

At the Gold Fish bar

At the Gold Fish bar

Puis les quiproquos de la tour de Babel donnent naissance à de nouveaux mots, inconnus dans l’une comme dans l’autre des langues, comme « Frondoki ». Exemple : « Let’s get out of here, have you got the frondoki? ». Il fallait comprendre « Front door key ». Elémentaire, n’est ce pas ? Autant Estelle est connue un peu partout en France pour son légendaire « C’est trop bieeennnn ! », autant elle est désormais connue sur les terres anglaises par son « Oh côôôme on!!! ». Elle en est même devenue une sonnerie de téléphone portable. Si si c’est vrai ! Et que ce même téléphone a sonné dans le silence d’une salle de cinéma à Sydney. Bonjour la honte. Enfin, elle est très connue maintenant.

The famous Coke sign

The famous Coke sign

Eh puis c’est très intéressant culturellement. D’apprendre par exemple comment sont vus les français en Angleterre, il a la peau dure le bon vieux cliché du béret, du tricot à rayures, moustache, baguette de pain et bouteille de rouge. La classe quoi. Et qu’est-ce que fait un anglais lorsqu’il veut singer un français ? L’équivalent de notre « one again people no » que l’on utilise pour les américains. Notre accent doit vraiment être étrange, puisque pour nous imiter, ils prennent une grosse voix, brandissent leur bras dans les airs, et lancent un « Heu heu heuuuuuu ». Voilà, ça, c’est un français. Mais ceci ne peut être que pure jalousie, forcément, parce que tous ceux que l’on a rencontré ici, toutes nationalités confondues, adorent la langue française. Tous ! Il ne reste juste que les escargots et les grenouilles, desquelles on a du mal à se défaire, faut l’avouer.

Gold Fish

Enfin, c’est pas triste tout ça. Avoir Sue à la maison, c’est retrouver quelque part l’esprit Park Lodge qu’on avait découvert en arrivant en Australie, dépaysant et tellement attachant. Pourvu que ça dure, nous on s’en lasse pas !

Sue in the nest

Sue in the nest

31
août
09

When the staff goes out

Quand les équipes de Cine et Ablaze organisent une sortie au restaurant, c’est toujours quelque chose. Cette fois, c’était pour un japonais dans le centre ville. La réservation est toujours faite pour vingt personnes, et comme à chaque fois, il faut rajouter des tables puisque le nombre a été sous-estimé. Quand ce qui on l’habitude de servir passent de l’autre côté du plateau, c’est toujours un grand moment. Voici donc quelques photos histoire que vous vous fassiez une idée des gens avec qui Estelle travaille (parce que oui, j’ai arrêté le cumul des emplois, faut être cohérent, je n’ai jamais adhérer au concept du travailler plus pour gagner plus, alors vive le temps libre !).

Cine & Ablaze's crew

Cine & Ablaze's crew

Cine & Ablaze's crew

Cine & Ablaze's crew

Cine & Ablaze's crew

Geoffrey and Adam

Geoffrey and Adam

Yoshi, Estelle and Anna

Yoshi, Estelle and Anna

Jerry, Weini and Anup'

Jerry, Weini and Anup'

Erin and Youdjin (well, Eugene)

Erin and Youdjin (well, Eugene)

Hiro and Eugene

Hiro and Eugene

The laughing chicks

The laughing chicks

Une petite particularité locale : le paiement de l’addition. Ici, enfin, du moins avec eux, diviser le total par le nombre de personnes n’est pas vraiment dans la tradition. Ils préfèrent rejouer le sketch de Muriel Robin. Alors on se fait passer la note et tout le monde met un petit symbole pour identifier ce qu’il a bu ou manger. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, hein ?

Money time

Money time

Money time

29
août
09

Our new home on paradise street – Drummoyne

Notre décision de prolonger le séjour australien s’accompagnait de la condition sine qua none de changer de logement. Passer six mois dans 19 m², c’était très sympa mais on avait envie de respirer un petit peu. On s’était même dit que l’on restait à condition d’avoir un bel appart’, fini le logement d’appoint, fini le « on fait avec en attendant que ». Non, on voulait un endroit vraiment bien, où l’on peut accueillir du monde et où l’on puisse vraiment apprécier la vie dans cette ville. Alors, au début du mois de juin, on a commencé à prospecter.

Moving from Park Lodge to Victoria Place

Moving from Park Lodge to Victoria Place

Victoria Place - Drummoyne

Victoria Place - Drummoyne

Il fallait tout d’abord déterminer l’endroit. Il était donc convenu qu’on s’éloignerait un peu du travail d’Estelle pour se rapprocher du mien. Et sur la route que je fais tous les jours, je traverse deux grands quartiers qui se succèdent au Nord-Est du centre ville : Balmain et Drummoyne. Comme par hasard, ces quartiers bordent la Parramatta River et proposent beaucoup d’appartements avec vue sur la mer… Et voilà comment on ajoute un critère de sélection obligatoire à notre recherche immobilière.

Victoria Place - Drummoyne

Howley Park

Howley Park

La première vague de visites a surtout été l’occasion d’estimer le budget que l’on allait accorder au loyer et se faire une idée de ce à quoi on pouvait prétendre. Parce que rien de ce qui a été vu ne nous a vraiment emballés. C’est seulement dans la deuxième vague de visites que l’on a commencé à avoir un coup de cœur.

Howley Park

Howley Park

Pour vous décrire le concept, à Sydney, louer un appartement implique de se rendre à une open inspection, une visite de groupe genre « portes ouvertes », planifiée généralement les soirs de semaines ou le samedi matin. D’ailleurs le novice dans l’art de louer un appartement attendra le samedi matin pour visiter, rejoint par d’autres novices au nombre allant de quatre à dix personnes. C’est ce qu’on a fait. Au début. Sentant que la compétition est rude, le novice pensera prendre l’avantage et arrivera en avance par rapport à l’heure du rendez-vous, espérant voir les lieux avant la meute, et pouvoir ainsi annoncer à l’agent immobilier lors de son arrivée que la visite est inutile, « on le prend ». Mais le novice a tellement à apprendre…

Our building - Edge Water

Our building - Edge Water

Howley Park

On a commencé à y voir un peu plus clair dans les rouages de ce monde obscur lors des premiers coups de cœur brisés. La première fois, un complexe moderne avec piscine, salle de sport, grand parc et forêt en lisière, puis un petit port et la mer en toile de fond. Pile poil dans le budget. Génial, le cadre est parfait. Si le ramage de l’intérieur se rapport au plumage affiché sur les photos de l’annonce, on le prend, c’est sur ! Le problème, c’est qu’on n’a jamais vu l’agent immobilier ce matin là. Contacté le lundi suivant, l’agent nous soutiendra que oui, il était bien là samedi dernier, qu’il a fait visiter l’appartement et qu’il a été loué dans la foulée. On a pourtant passé une heure à attendre devant la porte, sans doute possible sur l’adresse. Bref, c’est loupé. Snif.

View from Howley Park

View from Howley Park

Après quelques visites décevantes, on arrive cette fois là une heure à l’avance pour un appartement de Drummoyne, on a la chance de rencontrer les occupants, l’appartement est dans une très jolie résidence, pas ultra moderne mais chaleureuse, sur Victoria Place, à quelques mètres de l’artère qui m’amène au travail et pourtant dans un quartier résidentiel très calme, l’appartement à deux grandes pièces, une cuisine ouverte, une vue sur la mer avec couché de soleil depuis la cuisine, le living room et le balcon, une piscine juste en dessous, au bord de l’eau. Et pour un loyer inférieur à ce que l’on avait prévu. Le rêve, tout simplement. Le coup de foudre coule de source. Et l’imagination part au grand galop sans attendre : « alors on met ça là, et puis ça là, dans la chambre on fait ça… ah oui, et ça c’est génial, trop bien !!! ». On s’y voit déjà, c’est comme si on avait les clés et notre nom sur la boîte aux lettres. Mais tout ça part en fumée à la vue du visage de l’agent qui arrive enfin. « Vous n’êtes pas au courant ? Ah je suis confus, la visite a été annulée, les prochains locataires de l’appartement ont été trouvés depuis jeudi dernier ». Noooooooooooooon !!!!!!! Bon ok, il est temps de changer de technique.

Edge Water Building

Edge Water Building

Edge Water Building

Il faut savoir que le marché du locatif à Sydney est des plus tendus en cette période de crise. Avec la chute de l’immobilier, plus personne n’achète, donc tout le monde loue. Du coup, les produits que l’on trouve se divise en deux catégories : les sur-côtés qui ne trouvent pas preneurs (vis-à-vis, nuisance sonore, manque d’espace…) et ceux qui sont loués dès la première inspection. Donc le site www.domain.com.au est devenu ma page d’accueil au travail, avec mes critères de recherches bien affutés, et dès qu’une annonce à fort potentiel était publiée, je prenais rendez-vous pour la première inspection, quitte à devoir quitter le travail avant l’heure pour m’y rendre.

Edge Water Building

Edge Water Building

Et ce fut ainsi le manège des prises de rendez-vous et des visites en semaine pour de nombreuses visites. Et à chaque fois, rien d’extraordinaire. On en est arrivés à se faire une raison, et à se dire qu’un faisait l’affaire, il remplissait nos critères mais y avait pas eu le coup de cœur. Alors on a quand même suivi la procédure, et rempli le dossier. Là encore, le novice a beaucoup à apprendre.

Finally a garage for my bike

Finally a garage for my bike

Edge Water Front

Edge Water Front

Remplir une application pour louer un appartement, c’est un enfer. Ca marche par point : chaque document que l’on fournit vaut un certain nombre de points, et plus on a de points, plus on a de chances de remporter le contrat. Il faut donc tout fournir, tout justifier : identité, logement actuel, justificatifs de location, emploi, contrats, feuilles de salaires… Ensuite, des entreprises de contrôle de référence sont engagées pour tout savoir sur vous. Et pour ça, ils appellent tout le monde : ancien propriétaires, employeurs, entourage… Ils finiront par tout savoir sur vous, et gare à vous si un lundi 3 mars 2003, vous avez payé votre loyer avec 7 heures de retard, ils le sauront, et l’appartement vous passera sous le nez. D’ailleurs, on en l’a pas eu.

Edge Water Front

Please take the stairs

Please take the stairs

En cette fin juillet, le moral commençait à accuser le coup. Le rythme des visites ne faiblissait pas et ce que l’on y voyait semblait nous plaire de moins en moins. Un mercredi en fin d’après midi, on a eu trois visites de planifiées dans le même immeuble. Les deux premières étaient navrantes. On s’est dit que c’était foutu. Et puis il y a eu la troisième. En haut de l’immeuble, un appartement sympa avec une jolie vue dominant la ville, la piscine dans le complexe, pour un prix inférieur aux deux précédents. Ah, l’espoir brillait de nouveau au fond du tunnel. Au moment où l’on demandait à avoir le dossier pour se porter candidat, Carmen, l’agent immobilier, nous demande si nous sommes intéressés par une autre visite qu’elle s’apprête à faire tout de suite après. Il s’agit d’un appartement très mignon, avec vue sur la mer, et il se trouve au bout de Victoria Place. Victoria Place ? Là même où l’on avait visité celui qui nous avait tellement plu. Mais oui ! Ca y est, les étincelles brillaient dans nos pupilles. En route pour la découverte.

A pinky hallway

A pinky hallway

The lovely living room

The lovely living room

Il s’agit du bâtiment tout au bout de la rue, une impasse donnant sur un petit parc et bordée de toute part par la mer. Un endroit calme, paisible. On contourne le bloc principal, arborant le patronyme « Edge Water ». On avance sur la passerelle, on monte un étage. Carmen bataille quelques instants avec ses trousseaux de clés, la porte peine à s’ouvrir et le suspens devient intenable. Enfin, le verrou lâche prise.

The full bargain home theatre

The full bargain home theatre

A kitchen with a window on heaven

A kitchen with a window on heaven

Il est 17h30. La porte s’ouvre et une lumière chaude voire brûlante emplit l’appartement et rayonne jusqu’au couloir de l’entrée. De l’orange et du rouge viennent en colorer les mûrs. Quelques pas timides nous amènent au salon. Là, les larges fenêtres qui longent le salon sont un cadre imprenable sur la mer et sur le soleil qui vient s’y coucher. Cette lumière inonde littéralement la pièce et donne à l’hiver des tons d’été. A côté, la cuisine, spacieuse et elle aussi avec une vaste trappe donnant sur la mer, histoire de rendre la tâche de la vaisselle presque agréable (même si le lave-vaisselle est fourni). Et enfin, le coup de grâce, le balcon. Surplombant à quelques mètres à peine une sorte de petite plage, sans aucun vis-à-vis, donne le plein champ sur Parramatta River et ses navires de plaisances. Autour volent des dizaines de perruches hautes en couleur et d’autres oiseaux typiques de la région, résidants sédentaires du Parc qui est notre voisin direct.

And a pinky bathroom

And a pinky bathroom

Pinky bathroom

Deux chambres, une salle de bain (donc avec baignoire), un garage et un espace laverie commun au rez-de-chaussée. N’en jetez plus, la coupe est pleine. Elle l’était même déjà puisqu’on a crié haut et fort qu’on le voulait avant même de savoir qu’on avait un garage et une laverie ! Il était parfait, comme on l’imaginait. Pas de piscine, pas de complexe sportif, mais peu importe, nos cœurs bâtaient à l’unisson pour ce petit nid douillet et c’était exactement l’effet recherché. Fort de ma jolie proposition d’embauche avec un salaire important, ajoutée à une lettre de recommandation écrite par moi-même et signée de la main de Gary du Park Lodge, ainsi que tous les autres documents nécessaires, notre candidature a été reçue, étudiée, vérifiée et approuvée dans les 24 heures qui ont suivies. Le top !

Our bedroom

Our bedroom

Guest room

Guest room

Bon, maintenant qu’on a trouvé le contenant, il faut s’atteler au contenu. Parce qu’à part nos sacs à dos, on n’a pas grand-chose à y mettre dans ce grand appartement… rose. Oui parce que tout y est rose. Un joli rose, hein, bien propre, tout récent. Mais un rose sur tous les murs, et même la moquette. Vite, il faut du mobilier, ça urge !

The best part - The balcony

The best part - The balcony

Balcony

On sait que c’est du provisoire, alors tout sera acheté d’occasion. Et maintenant qu’on est affûtés à la recherche sur Sydney, on n’a qu’à transposer la technique de l’immobilier au mobilier. Rien de plus simple, le site devient www.gumtree.com.au, et tous les jours, je scrute l’apparition de nouvelles annonces. Je suis le premier à décrocher le téléphone, à prendre rendez vous, et à acquérir les biens. Coups de fusils sur coups de fusil. Lit complet queen size haute qualité ? 350$. Un grand canapé d’angle ? 150$. Une table extérieure avec 4 chaises ? 35$. Un meuble télé ? 60$. Un écran LCD LG 32” HD encore sous garantie ? 500$. Un ensemble lecteur DVD multi-zone et home cinema 5.1 Samsung ? 30$. Oui oui, 30$ !!! Et tout marche nickel. Ca a pris un peu de temps, mais je pense qu’on s’est vraiment bien débrouillés.

Our neighbors the kookaburras

Our neighbors the kookaburras

The everyday sunset show

The everyday sunset show

La leçon à tirer de cette expérience est la patience, la persévérance, et surtout, l’instinct. Ecouter son ressenti, faire confiance au feeling. On voulait avoir un coup de cœur pour se décider, et on a définitivement bien fait de l’attendre. Et c’est dur de se dire qu’il n’y avait pas un peu de destin dans toute cette histoire. Enfin, la perspective de rester jusqu’au mois d’aout prochain sur Sydney était déjà réjouissante, elle en est devenue tout simplement idyllique. Vous savez désormais qu’une chambre est disponible dans notre humble demeure. Si vous voulez en profitez, faites nous le savoir… on étudiera votre dossier ! Héhé.

Sunset on the balcony

15
août
09

Seal colonies in Kaikoura

Quoi ? Déjà ?!? Oui, c’est déjà le dernier jour. Dès demain, il faudra remettre le cap vers l’Australie. Tachons donc de profiter de la journée. On a vu la ville, on a vu les sommets, qu’est ce qu’il nous reste… l’océan pardi ! Dans sa courte durée, essayons de faire en sorte que ce week-end soit aussi complet que possible. Il y a des colonies d’otaries sauvages à Kaikoura ? Vendu. En avant pour Kaikoura !

From Christchurch to Kaikoura

From Christchurch to Kaikoura

Along the east coast

Along the east coast

La grisaille ne nous quitte pas. Elle nous survole, avec son foulard épais de brume humide et froide. Nous prenons la direction du Nord-Est du pays cette fois. Traversons encore de longues vallées baignant dans la quiétude et le calme d’un tableau sans mouvement… A peine perturbées par le vol d’un oiseau ou le souffle d’une brise.

Waitane shore

Waitane shore

Waitane shore

Nous ne pouvons nous empêcher de regarder à droite et à gauche, tentant de reconnaître un des somptueux décors de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Et on en a vu, des grandes pelouses à l’orée des denses forêts, des rivières se frayant un chemin sur les roches au bas des montagnes… Dans cette atmosphère de climat irlandais, le paysage avait quelque chose de magique.

Waitane shore

JB giving life back to see weed

JB giving life back to see weed

Après deux heures de route, c’est l’océan qui fait son apparition, au loin, sur notre droite. Une immensité qui vient en joindre une autre. Le lit de mer agitée est recouvert par son image de nuages tumultueux. Sur toute leur étendue, les deux amants s’observent, se désirent, se rapprochent mais jamais ne se touchent. L’étreinte semble pourtant le seul salut contre le froid qui les torture, mais la distance persiste…

Waitane shore

JB chasing his sister with a living weapon

JB chasing his sister with a living weapon

La brume est insolente, tente de mettre un terme à leur relation platonique et vient jusqu’à effleurer sa moitié qui tente de lui répondre en creusant sa surface. C’est sur la berge que se manifeste la colère de l’océan. Le cœur meurtri par une patience arrivée à son terme, les vagues se jettent avec fracas sur les pierres ternes de la plage.

Waitane shore

Kaikoura fisherman's boat in the fog

Kaikoura fisherman's boat in the fog

Une atmosphère dénuée de couleurs, tout y est sombre. Du noir sur le sol et du gris autour. Aucun n’ose provoquer les acteurs d’un amour impossible en affichant un quelconque pigment. Les branches mortes se regroupent au bord de la chaussée. Les algues viennent finir leur vie sur la jetée. Et les lames de mer laissent trainer leurs larmes chaque fois qu’elles reculent sur l’océan.

Kaikoura bird

kaikoura's seal colonies

kaikoura's seal colonies

Le spectacle avait le gout de ces beautés dramatiques, froides et émouvantes. Nous sommes d’ailleurs restés longuement au bord de l’eau, pour être les témoins de cette tumulte hors du commun.

Proud seal pose

Asleep seal

Nous avons rejoins quelques kilomètres plus loin la ville de Kaikoura. Là encore, le calme de la station balnéaire était de rigueur. Nous nous sommes réfugiés dans un restaurant du bord de mer, pour déguster quelques fruits de mer accompagnés d’un Pinot Gris sec et fruité. Le patron nous a pris en peine et nous a installé un chauffage d’à point en bout de table. On s’y est refait une santé.

Estelle among the colony

Estelle among the colony

Curiosity

Curiosity

Au bout de l’esplanade, à l’extrémité de la péninsule, nous avons rencontré les fameuses colonies. Ces otaries qui étaient chassées au 19ème siècle ont à nouveau élu domicile à Kaikoura. Et elles y demeurent maintenant avec sérénité, ayant fait table rase du passé et offrant une nouvelle chasse de cohabitation avec le genre humain.

Wondering

Wondering

Yawning

Yawning

Au bord du parking, sans se soucier d’aucun danger, des otaries s’endorment. Il faut d’ailleurs être vigilants et regarder où on met les pieds. Des informations vous mettent en garde sur les distances à respecter avec l’animal sauvage et sur les comportements à éviter pour ne pas leur faire peur. Mais elles se sont habituées à la venue des visiteurs. Elles s’en moquent, complètement.

Hard photograph bargaining

Hard photograph bargaining

Family picture

Comment ne pas être fasciné par ces animaux là ? Des masses imposantes aux fines moustaches blanches, baillant aux corneilles plissant leurs grands yeux noirs. Ronronnant la tête confortablement posée sur le sol. Ou bien s’agitant, par des mouvements qui traversent tout leur corps, pour s’éloigner de la surface terrestre où ils ne sont définitivement pas les plus agiles. Et elles y plongent alors avec enthousiasme, puis y disparaissent dans les profondeurs.

Story from the sand

Waves' history

A les regarder, on pourrait se sentir en confiance. Et, pour immortaliser leur mignonne petite bouille, on en viendrait facilement à enfreindre les cinq mètres de distance de sécurité. C’est alors que l’otarie vous rappellera à l’ordre. Elle montrera les dents et se fendra d’un râle sourd, qui vous remettra vite les pieds sur terre et vous fera passer l’envie d’oublier les règles de diplomatie. Même si le froid nous glaçait les mains et le visage, on ne se lassait pas pour autant de cette extraordinaire compagnie. Et si d’aventure vous allez faire un tour dans le sud de la Nouvelle Zélande, on ne saurait trop vous conseiller d’aller saluer ces drôles de colonies.

Ocean's treasure

A message for you all

A message for you all

Pour la postérité, quand même, il est bon de se souvenir que sur le retour de cette sympathique journée, le réservoir de la voiture de location criait famine. Et il faut savoir que dans ce coin là, un dimanche soir, aucune station service n’est ouverte. Pas de 24/24, station automatique, rien. Par chance, en s’arrêtant dans un petit fast-food de Cheviot encore ouvert, on a rencontré un habitant fort aimable, qui a joué les bons samaritains et nous a invité à le suivre jusqu’au domicile d’un pompiste. J’ai toqué à la porte de ce dernier, installé dans son canapé devant son feuilleton du dimanche, et il a bien voulu se déplacer jusqu’à son lieu de travail pour activer la pompe et nous vendre un peu du précieux carburant. C’était moins une ! Pour peu, on restait bloqué sur la route et on loupait l’avion du lendemain matin !

14
août
09

Snowboarding at Mount Hutt

Aller surfer en Nouvelle Zélande… Je crois que j’en rêve depuis que j’ai 14 ans, depuis mes premières descentes en snowboard. Un rêve qui a pris ses racines dans les photos des magazines, dans les vidéos, dans n’importe quel support capable de transporter les splendeurs de cette drôle d’île où les montagnes surplombent l’océan. Et ce jour là, il allait devenir réalité.

From Christchurch to Mount Hutt

From Christchurch to Mount Hutt

Un nouveau réveil aux aurores. Enfin, surtout pour JB qui s’est porté volontaire pour aller jusqu’à l’aéroport récupérer la voiture de location, me permettant ainsi de profiter d’un répit de sommeil fortement apprécié. C’est que l’on a de la route à faire. Une centaine de kilomètres nous sépare de Methven, la ville au pied des Alpes. Les Alpes des Kiwis, bien entendu. Estelle laissera les garçons partir dans leur coin aujourd’hui. Elle préfèrera les jardins botaniques de Christchurch que les chutes sur le postérieur de la montagne. Ca se défend.

Mount Hutt track

On the track to Mount Hutt

On the track to Mount Hutt

Cap vers l’Est. Toujours dans cette grisaille hivernale. Une épaisse couche de nuage surplombe la vallée que l’on sillonne. Seuls les cumulus nous accompagnent, et par là même, masquent les hauteurs du paysage. Ce qu’ils nous laissent observer, la verdure. Cette couleur émeraude fraîchement mouillée par la rosée, recouvrant les sols à perte de vue.

On the track to Mount Hutt

The Southern Alps

The Southern Alps

Arrivés aux alentours de Methven, la signalisation indique la route vers la station. Mount Hutt, le plus grand domaine skiable de l’île du sud, un des plus populaires et des plus appréciés du pays. Certainement le meilleur choix étant donné la courte durée de notre séjour. On s’attendait forcément à ce que l’infrastructure soit à la hauteur de l’idée qu’on s’en était faite. Eh bien… pas tout à fait.

Arriving at the ski field

Arriving at the ski field

Mount Hutt

Un panneau indique que la station se trouve maintenant à 14 km. Au même endroit, la disparition du goudron. Elan de protection de l’environnement ou manque de financement, c’est donc 14 km de piste gravillonneuse que nous nous apprêtons à avaler. La petite Toyota Corolla n’est pas tout à fait taillée pour l’exercice. Mais elle tient le coup, et au milieu de cet épais brouillard, prend son mal en patience.

Mount Hutt

Mount Hutt summit

Mount Hutt summit

Les épais nuages de brume sont tenaces. Ils s’immiscent au milieu des branchages, engouffrent les forêts entières, avalent dans leur appétit glouton tout ce qui nous entoure et limite notre visibilité à quelques mètres seulement. Enfin, le sinueux semble prendre de l’altitude. Dans une fuite vers l’avant, on commence à voir le bout du tunnel.

New Zealand gives you wings

New Zealand gives you wings

Mount Hutt ski field

Au détour d’un long virage, nous sortons enfin du manteau qui nous enveloppait depuis presque deux heures maintenant. Le ciel, d’un bleu éclatant, se fait enfin visible. Et sur le bord de route, à fleur de falaise, les longs bras de la brume rampent depuis la vallée pour essayer de gagner encore un peu de terrain. C’est tout simplement magnifique. La première pause photo s’imposait.

 JB on the summit

JB on the summit

Then be sure you can fly

Then be sure you can fly

Encore quelques kilomètres de piste au beau milieu de ses hauteurs enfin mises à nues, et nous devinons la station. La neige se manifeste sur le bord de la route, un peu de gel au sol. Les dernières chutes remontent au début de la semaine. L’impatience commence à devenir insupportable.

Meet the Southern Alps

Meet the Southern Alps

And enjoy the air

And enjoy the air

D’après les échos au sujet de cette station de ski, je m’attendais à découvrir des dimensions égalant ce que l’on trouve dans nos régions alpines. Que nenni. La station se résume à un parking ouvert et un seul bâtiment, abritant le centre de location, d’achat des forfaits et un restaurant. On est loin de l’industrialisation de masse qu’ont connu les stations de ski françaises ses 40 dernières années. Point de grands complexes hôteliers, d’auberges, de multitudes de centres commerciaux, bars et restaurants, magasins de souvenirs et autres blocs de bêton devenu forcément indispensables. Il ressort de Mount Hutt une dimension plus humaine, familiale, proche de la nature. A peine organisée. Et beaucoup plus simple, forcément.

Bro in laws on the lift

Bro in laws on the lift

A tall guy looks small then

A tall guy looks small then

Très simple aussi pour se procurer le laissez-passer : un guichet unique pour prendre les forfaits, et si on le souhaite, la location du matériel et de l’équipement. Juste à côté, on rempli un petit formulaire et on récupère tout ce dont on a besoin. Dehors, deux télésièges. Et puis voilà. Simple et efficace. Du coup, on se dit qu’on n’y passerait peut être pas la semaine… ce qui tombait plutôt bien.

Cloud ocean's waves

Cloud ocean's waves

Surrounded by a cloud sea

Surrounded by a cloud sea

N’ayant pas tout à fait prévu de faire du snowboard en partant en Australie, il a fallu que je loue la totale. Heureusement, j’avais mon coupe-vent Quechua (un petit clin d’œil au team du même nom) ainsi qu’une paire de gants en cuir Célio (histoire de ne pas perdre le petit côté Aixois). Donc juste le temps de trouver un pantalon à ma taille, et j’étais fin prêt. JB avait prévu le coup, il était venu avec l’équipement au grand complet, y compris le casque !

Mount Hutt track

Cloud velvet taking over the landscape

Cloud velvet taking over the landscape

Le ciel dégagé, un grand soleil, de la neige plus que correcte. Tous les ingrédients étaient là pour que cette journée de snowboard soit à la hauteur de nos espérances. Même si la station de Mount Hutt ne brille pas par la diversité de ses pistes, elle a le charme de la simplicité et des fabuleux paysages. Le télésiège le plus long nous emmène au sommet, à 2190 mètres d’altitude, et nous offre un panorama somptueux, avec ce petit côté sauvage, non apprivoisé à coup de béton, plus qu’appréciable.

Raising from the clouds

Raising from the clouds

Du dépaysement une fois de plus, avec cette station hors du commun, qui nous aurait certainement lassé si on y avait passé la semaine mais qui était juste parfaite pour une bonne journée intense de snowboard. La dernière descente a été faite aux alentours de 17h, à la fermeture des remontées, pour être bien certains d’avoir fait le plein de sensations pour les mois à venir. Une fois aux pieds des pistes, regardant les hauteurs de la station la planche de surf à la main, on pouvait voir que derrière notre sourire se pâmait la satisfaction d’avoir un rêve désormais réalisé…

Sheep in the valley

Sheep in the valley