Notre décision de prolonger le séjour australien s’accompagnait de la condition sine qua none de changer de logement. Passer six mois dans 19 m², c’était très sympa mais on avait envie de respirer un petit peu. On s’était même dit que l’on restait à condition d’avoir un bel appart’, fini le logement d’appoint, fini le « on fait avec en attendant que ». Non, on voulait un endroit vraiment bien, où l’on peut accueillir du monde et où l’on puisse vraiment apprécier la vie dans cette ville. Alors, au début du mois de juin, on a commencé à prospecter.

Moving from Park Lodge to Victoria Place

Victoria Place - Drummoyne
Il fallait tout d’abord déterminer l’endroit. Il était donc convenu qu’on s’éloignerait un peu du travail d’Estelle pour se rapprocher du mien. Et sur la route que je fais tous les jours, je traverse deux grands quartiers qui se succèdent au Nord-Est du centre ville : Balmain et Drummoyne. Comme par hasard, ces quartiers bordent la Parramatta River et proposent beaucoup d’appartements avec vue sur la mer… Et voilà comment on ajoute un critère de sélection obligatoire à notre recherche immobilière.


Howley Park
La première vague de visites a surtout été l’occasion d’estimer le budget que l’on allait accorder au loyer et se faire une idée de ce à quoi on pouvait prétendre. Parce que rien de ce qui a été vu ne nous a vraiment emballés. C’est seulement dans la deuxième vague de visites que l’on a commencé à avoir un coup de cœur.


Pour vous décrire le concept, à Sydney, louer un appartement implique de se rendre à une open inspection, une visite de groupe genre « portes ouvertes », planifiée généralement les soirs de semaines ou le samedi matin. D’ailleurs le novice dans l’art de louer un appartement attendra le samedi matin pour visiter, rejoint par d’autres novices au nombre allant de quatre à dix personnes. C’est ce qu’on a fait. Au début. Sentant que la compétition est rude, le novice pensera prendre l’avantage et arrivera en avance par rapport à l’heure du rendez-vous, espérant voir les lieux avant la meute, et pouvoir ainsi annoncer à l’agent immobilier lors de son arrivée que la visite est inutile, « on le prend ». Mais le novice a tellement à apprendre…

Our building - Edge Water

On a commencé à y voir un peu plus clair dans les rouages de ce monde obscur lors des premiers coups de cœur brisés. La première fois, un complexe moderne avec piscine, salle de sport, grand parc et forêt en lisière, puis un petit port et la mer en toile de fond. Pile poil dans le budget. Génial, le cadre est parfait. Si le ramage de l’intérieur se rapport au plumage affiché sur les photos de l’annonce, on le prend, c’est sur ! Le problème, c’est qu’on n’a jamais vu l’agent immobilier ce matin là. Contacté le lundi suivant, l’agent nous soutiendra que oui, il était bien là samedi dernier, qu’il a fait visiter l’appartement et qu’il a été loué dans la foulée. On a pourtant passé une heure à attendre devant la porte, sans doute possible sur l’adresse. Bref, c’est loupé. Snif.

View from Howley Park
Après quelques visites décevantes, on arrive cette fois là une heure à l’avance pour un appartement de Drummoyne, on a la chance de rencontrer les occupants, l’appartement est dans une très jolie résidence, pas ultra moderne mais chaleureuse, sur Victoria Place, à quelques mètres de l’artère qui m’amène au travail et pourtant dans un quartier résidentiel très calme, l’appartement à deux grandes pièces, une cuisine ouverte, une vue sur la mer avec couché de soleil depuis la cuisine, le living room et le balcon, une piscine juste en dessous, au bord de l’eau. Et pour un loyer inférieur à ce que l’on avait prévu. Le rêve, tout simplement. Le coup de foudre coule de source. Et l’imagination part au grand galop sans attendre : « alors on met ça là, et puis ça là, dans la chambre on fait ça… ah oui, et ça c’est génial, trop bien !!! ». On s’y voit déjà, c’est comme si on avait les clés et notre nom sur la boîte aux lettres. Mais tout ça part en fumée à la vue du visage de l’agent qui arrive enfin. « Vous n’êtes pas au courant ? Ah je suis confus, la visite a été annulée, les prochains locataires de l’appartement ont été trouvés depuis jeudi dernier ». Noooooooooooooon !!!!!!! Bon ok, il est temps de changer de technique.

Edge Water Building

Il faut savoir que le marché du locatif à Sydney est des plus tendus en cette période de crise. Avec la chute de l’immobilier, plus personne n’achète, donc tout le monde loue. Du coup, les produits que l’on trouve se divise en deux catégories : les sur-côtés qui ne trouvent pas preneurs (vis-à-vis, nuisance sonore, manque d’espace…) et ceux qui sont loués dès la première inspection. Donc le site www.domain.com.au est devenu ma page d’accueil au travail, avec mes critères de recherches bien affutés, et dès qu’une annonce à fort potentiel était publiée, je prenais rendez-vous pour la première inspection, quitte à devoir quitter le travail avant l’heure pour m’y rendre.


Et ce fut ainsi le manège des prises de rendez-vous et des visites en semaine pour de nombreuses visites. Et à chaque fois, rien d’extraordinaire. On en est arrivés à se faire une raison, et à se dire qu’un faisait l’affaire, il remplissait nos critères mais y avait pas eu le coup de cœur. Alors on a quand même suivi la procédure, et rempli le dossier. Là encore, le novice a beaucoup à apprendre.

Finally a garage for my bike

Edge Water Front
Remplir une application pour louer un appartement, c’est un enfer. Ca marche par point : chaque document que l’on fournit vaut un certain nombre de points, et plus on a de points, plus on a de chances de remporter le contrat. Il faut donc tout fournir, tout justifier : identité, logement actuel, justificatifs de location, emploi, contrats, feuilles de salaires… Ensuite, des entreprises de contrôle de référence sont engagées pour tout savoir sur vous. Et pour ça, ils appellent tout le monde : ancien propriétaires, employeurs, entourage… Ils finiront par tout savoir sur vous, et gare à vous si un lundi 3 mars 2003, vous avez payé votre loyer avec 7 heures de retard, ils le sauront, et l’appartement vous passera sous le nez. D’ailleurs, on en l’a pas eu.


Please take the stairs
En cette fin juillet, le moral commençait à accuser le coup. Le rythme des visites ne faiblissait pas et ce que l’on y voyait semblait nous plaire de moins en moins. Un mercredi en fin d’après midi, on a eu trois visites de planifiées dans le même immeuble. Les deux premières étaient navrantes. On s’est dit que c’était foutu. Et puis il y a eu la troisième. En haut de l’immeuble, un appartement sympa avec une jolie vue dominant la ville, la piscine dans le complexe, pour un prix inférieur aux deux précédents. Ah, l’espoir brillait de nouveau au fond du tunnel. Au moment où l’on demandait à avoir le dossier pour se porter candidat, Carmen, l’agent immobilier, nous demande si nous sommes intéressés par une autre visite qu’elle s’apprête à faire tout de suite après. Il s’agit d’un appartement très mignon, avec vue sur la mer, et il se trouve au bout de Victoria Place. Victoria Place ? Là même où l’on avait visité celui qui nous avait tellement plu. Mais oui ! Ca y est, les étincelles brillaient dans nos pupilles. En route pour la découverte.

A pinky hallway

The lovely living room
Il s’agit du bâtiment tout au bout de la rue, une impasse donnant sur un petit parc et bordée de toute part par la mer. Un endroit calme, paisible. On contourne le bloc principal, arborant le patronyme « Edge Water ». On avance sur la passerelle, on monte un étage. Carmen bataille quelques instants avec ses trousseaux de clés, la porte peine à s’ouvrir et le suspens devient intenable. Enfin, le verrou lâche prise.

The full bargain home theatre

A kitchen with a window on heaven
Il est 17h30. La porte s’ouvre et une lumière chaude voire brûlante emplit l’appartement et rayonne jusqu’au couloir de l’entrée. De l’orange et du rouge viennent en colorer les mûrs. Quelques pas timides nous amènent au salon. Là, les larges fenêtres qui longent le salon sont un cadre imprenable sur la mer et sur le soleil qui vient s’y coucher. Cette lumière inonde littéralement la pièce et donne à l’hiver des tons d’été. A côté, la cuisine, spacieuse et elle aussi avec une vaste trappe donnant sur la mer, histoire de rendre la tâche de la vaisselle presque agréable (même si le lave-vaisselle est fourni). Et enfin, le coup de grâce, le balcon. Surplombant à quelques mètres à peine une sorte de petite plage, sans aucun vis-à-vis, donne le plein champ sur Parramatta River et ses navires de plaisances. Autour volent des dizaines de perruches hautes en couleur et d’autres oiseaux typiques de la région, résidants sédentaires du Parc qui est notre voisin direct.

And a pinky bathroom

Deux chambres, une salle de bain (donc avec baignoire), un garage et un espace laverie commun au rez-de-chaussée. N’en jetez plus, la coupe est pleine. Elle l’était même déjà puisqu’on a crié haut et fort qu’on le voulait avant même de savoir qu’on avait un garage et une laverie ! Il était parfait, comme on l’imaginait. Pas de piscine, pas de complexe sportif, mais peu importe, nos cœurs bâtaient à l’unisson pour ce petit nid douillet et c’était exactement l’effet recherché. Fort de ma jolie proposition d’embauche avec un salaire important, ajoutée à une lettre de recommandation écrite par moi-même et signée de la main de Gary du Park Lodge, ainsi que tous les autres documents nécessaires, notre candidature a été reçue, étudiée, vérifiée et approuvée dans les 24 heures qui ont suivies. Le top !

Our bedroom

Guest room
Bon, maintenant qu’on a trouvé le contenant, il faut s’atteler au contenu. Parce qu’à part nos sacs à dos, on n’a pas grand-chose à y mettre dans ce grand appartement… rose. Oui parce que tout y est rose. Un joli rose, hein, bien propre, tout récent. Mais un rose sur tous les murs, et même la moquette. Vite, il faut du mobilier, ça urge !

The best part - The balcony

On sait que c’est du provisoire, alors tout sera acheté d’occasion. Et maintenant qu’on est affûtés à la recherche sur Sydney, on n’a qu’à transposer la technique de l’immobilier au mobilier. Rien de plus simple, le site devient www.gumtree.com.au, et tous les jours, je scrute l’apparition de nouvelles annonces. Je suis le premier à décrocher le téléphone, à prendre rendez vous, et à acquérir les biens. Coups de fusils sur coups de fusil. Lit complet queen size haute qualité ? 350$. Un grand canapé d’angle ? 150$. Une table extérieure avec 4 chaises ? 35$. Un meuble télé ? 60$. Un écran LCD LG 32” HD encore sous garantie ? 500$. Un ensemble lecteur DVD multi-zone et home cinema 5.1 Samsung ? 30$. Oui oui, 30$ !!! Et tout marche nickel. Ca a pris un peu de temps, mais je pense qu’on s’est vraiment bien débrouillés.

Our neighbors the kookaburras

The everyday sunset show
La leçon à tirer de cette expérience est la patience, la persévérance, et surtout, l’instinct. Ecouter son ressenti, faire confiance au feeling. On voulait avoir un coup de cœur pour se décider, et on a définitivement bien fait de l’attendre. Et c’est dur de se dire qu’il n’y avait pas un peu de destin dans toute cette histoire. Enfin, la perspective de rester jusqu’au mois d’aout prochain sur Sydney était déjà réjouissante, elle en est devenue tout simplement idyllique. Vous savez désormais qu’une chambre est disponible dans notre humble demeure. Si vous voulez en profitez, faites nous le savoir… on étudiera votre dossier ! Héhé.

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